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Transmission d’entreprise : enjeux, profils et accompagnement

Transmission d’entreprise : enjeux, profils et accompagnement
La Maison du Repreneuriat est une initiative conjointe de l’ICHEC et de l'EPHEC dédiée à l’accompagnement des repreneur·euses et des transmetteur·euses d’entreprise à chaque étape de leur parcours.

À travers sensibilisation, formation et mise en réseau, La Maison du Repreneuriat soutient celles et ceux qui souhaitent donner une nouvelle vie à une entreprise existante

 

 

Corine Luyckx, responsable de la Maison du Repreneuriat,
nous parle des mécanismes de la transmission.

 

Pourquoi la transmission d’entreprise est-elle un enjeu aussi important aujourd’hui en Belgique ?

La transmission d’entreprise est une réalité économique majeure. Chaque année, des milliers d’entreprises belges risquent de disparaître faute de repreneur·euses. Or, transmettre fait partie intégrante de la vie normale d’une entreprise. Elle est créée, se développe, prospère, puis arrive un moment où elle doit passer dans d’autres mains.

Nous faisons actuellement face à une vague importante de transmissions, notamment en raison du départ à la pension des baby-boomers. Beaucoup de fondateur·rices arrivent à cette étape sans l’avoir réellement anticipée. Pourtant, une transmission réussie se prépare en amont, idéalement lorsque l’on est encore en pleine capacité de le faire, tant humainement que structurellement. Ne pas s’y préparer peut mener à des décisions précipitées, rarement prises dans les meilleures conditions.

Quels sont aujourd’hui les principaux cas de transmission que vous observez ?

Le départ à la pension reste une cause majeure, mais il n’est plus le seul scénario. Nous voyons de plus en plus d’entreprises transmises après seulement quelques années d’existence. Certain·es entrepreneur·es se rendent compte que ce qu’ils aiment avant tout, c’est lancer un projet, pas nécessairement le développer sur le long terme.

À l’inverse, beaucoup de personnes souhaitent entreprendre sans passer par la phase de création. Reprendre une entreprise existante leur permet de se lancer plus rapidement, avec une structure déjà en place. Parmi les repreneur·euses, on observe notamment un nombre croissant de cadres ou d’employé·es expérimenté·es, en quête de sens et de réalisation personnelle, qui envisagent l’entrepreneuriat sous l’angle de la reprise.

Quel est le rôle de la Maison du Repreneuriat dans ce contexte ?

Notre mission est double. D’abord, nous sensibilisons à la reprise d’entreprise comme une véritable alternative à la création. Quand on parle d’entrepreneuriat, on pense spontanément à créer son entreprise, alors que la reprise est une voie tout aussi pertinente et souvent plus sécurisante.

Ensuite, nous accompagnons la préparation à la transmission par la formation. Ce processus est souvent perçu comme complexe, mais en réalité il est surtout structuré. Il repose sur des étapes clés, un vocabulaire spécifique et des enjeux bien identifiés. Lorsqu’on est formé et accompagné, ces étapes deviennent beaucoup plus claires et fluides.

Vous avez développé une formation spécifique, le Boost Camp.
En quoi consiste-t-elle ?

Le Boost Camp est une formation immersive que nous avons imaginée pour permettre aux futur·es repreneur·euses et transmetteur·euses de s’immerger rapidement et concrètement dans leur projet. Elle se déroule sur deux week-ends et deux soirées, répartis sur une période de trois mois.

L’objectif est de donner une vision globale du processus de transmission ou de reprise, d’en comprendre les mécanismes et d’acquérir les outils nécessaires pour avancer de manière éclairée. Suivre cette formation permet ensuite de décider en toute connaissance de cause si l’on souhaite concrétiser le projet — ou non.

Tout savoir sur le Boost Camp de la MDR

Informations et inscriptions

À la Maison du Repreneuriat, vous parlez de “transmetteurs” plutôt que de “cédants”. Pourquoi ce choix ?

Le mot n’est pas anodin. Nous préférons parler de transmetteurs parce que le terme est plus positif. Transmettre, c’est passer le relais, assurer une continuité, alors que « céder » peut donner l’impression d’un dessaisissement, voire d’une perte.

Le transmetteur est souvent un·e fondateur·rice qui a investi énormément de temps, d’énergie et d’émotions dans son entreprise. La dimension humaine est centrale dans une transmission. Bien souvent, avant même la question de la valorisation financière, le souhait premier est de confier son entreprise à une personne qui saura en prendre soin et la faire évoluer.

Quels conseils donneriez-vous aux personnes qui envisagent de transmettre leur entreprise ?

Le conseil principal est de se préparer, à la fois mentalement et structurellement. La transmission est un processus qui prend du temps. Elle ne se limite pas à une transaction financière : elle touche à l’identité, à l’histoire et aux valeurs de l’entreprise.

Anticiper permet d’éviter les décisions prises dans l’urgence et d’aborder cette étape avec plus de sérénité. Être bien accompagné est également essentiel pour structurer la démarche et ne pas rester seul face à des choix parfois complexes.

Et du côté des repreneur·euses, existe-t-il un profil type ?

Non, il n’y a pas de profil type, et c’est justement ce qui fait la richesse de la reprise d’entreprise. Nous formons aussi bien de jeunes diplômé·es que des cadres supérieur·es en reconversion, sans oublier des sérial repreneur·euses.

Les femmes restent toutefois sous-représentées, un phénomène que l’on observe également dans la création d’entreprise. C’est un constat qui nous interpelle et sur lequel nous restons attentifs à la Maison du Repreneuriat.

Quel serait votre principal conseil à destination des repreneur·euses ?

Je dirais qu’il est essentiel de prendre le temps de construire son projet. La première question à se poser est celle du sens : pourquoi reprendre une entreprise ? Qu’est-ce que cela représente dans son parcours de vie ?

Il est également important de préparer un dossier d’acquéreur solide : parcours, compétences, aspirations, critères de recherche, fonds propres disponibles… Cette préparation rassure les transmetteurs et démontre le sérieux de la démarche. Reprendre une entreprise ne se fait pas sur un coup de tête, c’est très souvent un véritable projet de vie.

Comment voyez-vous évoluer la transmission d’entreprise dans les années à venir ?

La tendance ne peut que s’accentuer. Le nombre d’entreprises à transmettre augmente chaque année, tandis que la création d’entreprise connaît un certain ralentissement. La reprise gagne en visibilité et en légitimité.

On en parle aussi beaucoup plus librement. D’ailleurs, j’encourage toujours les candidat·es repreneur·euses à faire connaître leur projet autour d’eux. Le bouche-à-oreille joue un rôle clé et permet souvent de provoquer des rencontres inattendues, à l’origine de belles transmissions.