Brufonctionnel

Brufonctionnel

De la propriété à l’usage : catalyser l’économie de la fonctionnalité à Bruxelles. Analyse des mécanismes de verrouillages sociotechniques et comportementaux chez des producteurs et des consommateurs

 

 

Depuis le début de l’année 2018, l’ICHEC héberge le projet de recherche Brufonctionnel, contraction entre Bruxelles et économie de la fonctionnalité. L’objectif de cette recherche est d’identifier et d’analyser les verrouillages sociotechniques et comportementaux chez les producteurs et consommateurs en économie de fonctionnalité en Région de Bruxelles Capitale.

 
 

Qu’est-ce que l’économie de la fonctionnalité

Le modèle d’économie linéaire structuré selon l’enchaînement « ponction de ressources à matières premières à production à distribution à consommation à déchets » s’avère de plus en plus inadapté aux exigences de la transition vers une société socialement et écologiquement soutenable. Parmi les modèles économiques alternatifs, l’économie de la fonctionnalité (EF, en anglais sustainable product-service system), par laquelle la vente d’un produit est remplacée par la mise à disposition de sa fonction, est prometteuse pour dématérialiser le développement économique, c’est-à-dire créer un maximum de valeur sociale et économique en minimisant l’usage de ressources et d’énergie.

Plus précisément, l’économie de la fonctionnalité désigne un modèle économique innovant qui consiste à rompre avec la logique de vente de volumes croissants de biens matériels pour aller vers la fourniture de services ou de ‘solutions’ répondant de la manière la plus pertinente possible aux besoins des consommateurs.

Les vertus écologiques supposées de l’EF sont nombreuses. Parmi celle-ci, se trouve le potentiel de l’EF à allonger la durée de vie d’un produit. En effet, la propriété du produit restant aux mains des producteurs, ceux-ci ont intérêt à ce qu’il reste le plus longtemps possible en bon état. Les producteurs sont également incités à recycler, réparer et réutiliser les produits ou leurs composantes, ce qui s’apparente aux principes de l’économie circulaire.

De plus, le produit étant mis à la disposition de plusieurs usagers par un système de location ou d’abonnement, il faut moins de produits pour satisfaire tous les usagers que dans le cas d’un modèle économique linéaire (où le produit est vendu). Ce faisant, la satisfaction d’un même besoin requiert moins de ressources naturelles.

    Le projet Brufonctionnel

    L’EF, en rompant avec le paradigme bien ancré de la propriété, implique des changements de nature systémique. L’expansion de l’EF en Région de Bruxelles-Capitale se heurte dès lors à des barrières, tant technico-juridico-économiques (inadaptation du système à la pratique de l’EF) que comportementales (difficile rupture avec les pratiques habituelles tant dans le domaine entrepreneurial que dans celui de la consommation). Celles-ci sont hélas encore peu connues.

    Pour dépasser ces obstacles, il importe, avant toute chose, d’en délimiter l’ampleur et d’en saisir finement les ressorts. Le projet Brufonctionnel propose d’étudier les obstacles au renforcement du modèle de l’EF sur le territoire bruxellois, ainsi que les potentiels catalyseurs d’un tel modèle économique, tant du côté de l’offre que de celui de la demande.

    Pour ce faire, nous accompagnons plusieurs entreprises de la Région de Bruxelles Capitale engagées dans une démarche de fonctionnalité et tentons de comprendre ce qui, dans leur écosystème, facilite ou entrave le développement de leur démarche (les relations avec leurs clients, leurs fournisseurs, les pouvoirs publics, le paysage réglementaire etc.). Parallèlement aux entreprises, nous étudions également des bibliothèques, organisations qui mettent en œuvre (souvent sans le savoir ou sans le mettre avant ou sans pousser la logique à son terme) certains principes de l’économie de la fonctionnalité. Celles-ci constituent à n’en pas douter des observatoires privilégiés de la mise en œuvre concrète de la fourniture de services plutôt que la vente de biens.

    Notre analyse s’appuie sur la fertilisation croisée de deux grands courants de recherche. Nous mobilisons d’une part les théories de la transition afin de préciser les relations entre les pratiques encore marginales (ou ‘de niche’) que nous étudions et le ‘régime’ économique dominant, fondé sur la croissance des ventes de biens matériels, une économie linéaire tenant peu compte du cycle de vie des produits, et l’appropriation privée de ceux-ci par les consommateurs. Nous nous appuyons, d’autre part, sur la théorie des pratiques habituelles pour décrire au mieux les verrouillages comportementaux aussi bien au niveau des pratiques de consommation que de production.

    Le projet est ancré sur le territoire bruxellois. Les impacts du projet se situent à plusieurs niveaux.

    • Nous avons tout d’abord pour objectif de contribuer à renforcer la viabilité des projets portés par les acteurs désireux de faire évoluer leur modèle d’affaires vers l’économie de la foctionnalité, au premier rang desquels les entreprises avec lesquelles nous collaborons.
    • Nous visons ensuite, au niveau des ménages bruxellois, à assurer les conditions d’accès à l’économie de la fonctionnalité d’un public plus large et diversifié qu’actuellement.
    • Nous travaillons également à identifier les secteurs économiques « armés » pour basculer vers l’économie de la fonctionnalité ainsi que ceux dont le basculement vers ce nouveau modèle serait pertinent.
    • Enfin nous proposerons aux autorités bruxelloises et aux institutions de soutien des entreprises localisées à Bruxelles un ensemble de leviers et de pistes concrètes à développer en vue de l’expansion de l’économie de la fonctionnalité en Région de Bruxelles Capitale.

     

     

     

    Résultats

    Les principaux résultats du projet « Brufonctionnel » ont été rendu publics notamment à l’occasion d’une conférence internationale (ICHEC, 27 Janvier 2022). En plus d’une présentation des résultats du projet, cette conférence a permis les discuter à travers la réaction d’acteurs de politiques (Marie Vanderheyden, Conseillère en matière de modèles d'entreprise innovants au cabinet de la secrétaire d'État Barbara Trachte) et publiques (Anthony Naralingom, Conseiller stratégique auprès de la direction générale de hub.Brussels). Deux conférenciers internationaux ont ensuite mis en perspective ces résultats en exposant les résultats de leur propre recherche, en lien avec l’économie de la fonctionnalité. Les présentations étaient les suivantes "Circular X: experimentation towards circular service businessmodels", models" par Prof. Nancy Bocken (Maastricht University, NL) et "Two case studies of SPSS – the role of possession" par Dr. Maurizio Catulli (University of Hertfordshire, UK).  

    Pour un aperçu du contenu de la conférence et des résultats « Brufonctionnel », cliquez ici.

    • Photo 1: "Principaux résultats du projet Brufonctionnel". Géraldine Thiry, ICHEC
    • Photo 2: "Discussion des résultats du projet Brufonctionnel". Panelistes: Anthony Naralingom (Conseiller stratégique auprès de la direction générale de hub.Brussels) et Marie Vanderheyden (Conseillère en matière de modèles d'entreprise innovants au cabinet de la secrétaire d'État Barbara Trachte). Modérateur: Philippe Roman, ICHEC,
    • Photo 3: "Two case studies of SPSS - The role of possession". Dr. Maurizio Catulli, University of Hertfordshire,UK

    Publications

    • Roman, P., Muylaert, C., Thiry, G., Ruwet, C. et Maréchal, K. (2020) « Intégrer la territorialité pour une économie de la fonctionnalité plus soutenable », Développement durable et territoires [En ligne], Vol. 11, n°1 | Avril 2020. URL : http://journals.openedition.org/developpementdurable/17046
    • (Chapitre à paraître) Roman, P., Muylaert, C., Ruwet, C., Thiry, G. et Maréchal, K. « Le territoire comme vecteur de soutenabilité des nouveaux modèles économiques : le cas de l’économie de la fonctionnalité en Région de Bruxelles-Capitale. »
    • Muylaert, C., Lanzi, F., & Maréchal, K. (2020). Quelle territorialisation pour la transition ? Analyse croisée entre producteurs en circuit courts et consommateurs d’alternatives économiques. Revue Etopia n°14, octobre 2020, 14:109-135.

    L'équipe de recherche

     

     

    Géraldine Thiry (promotrice) est docteure en économie, enseignante-chercheuse à l’ICHEC Brussels Management School (Bruxelles, Belgique) et à l’UCLouvain. Spécialisée dans les nouveaux indicateurs de richesse, l’économie écologique, la socio-économie de la quantification et les modèles économiques soutenables, elle a récemment travaillé sur l’économie de la fonctionnalité et l’économie du Donut.

    Contact : geraldine.thiry@ichec.be

    Kevin Marechal (coordinateur) est docteur en économie, chargé de cours en économie écologique à Gembloux Agro-Bio Tech/Université de Liège, chargé de cours invité à l’UCLouvain et collaborateur scientifique au Centre d’Études Économiques et Sociales de l’Environnement de l’Université libre de Bruxelles (CEESE-ULB). Ancrés dans une perspective transversale des enjeux de la transition écologique et sociale, ses recherches actuelles portent sur l'agroécologie et les circuits alimentaires de proximité ainsi que sur les modèles économiques soutenables dont l’économie de la fonctionnalité.

    Contact : k.Marechal@uliege.be

    Coline Ruwet (coordinatrice), docteure en sociologie de la Chaire Hoover d’éthique économique et sociale (UCLouvain), est actuellement chargée de cours à l’ICHEC Brussels Management School et chargée de cours invitée à l’UCLouvain. Ses recherches actuelles portent sur les conditions du déploiement des modèles économiques authentiquement soutenables (projet Brufonctionnel) et sur les fondements culturels et subjectifs de la transition écologique et sociale (projet TransDiSC), en particulier le temps.

    Contact : coline.ruwet@ichec.be

    Philippe Roman (coordinateur) est docteur en économie. Il est enseignant-chercheur à l’ICHEC Brussels Management School (Bruxelles, Belgique) et chargé de cours invité à l’UCLouvain (Louvain-la-Neuve, Belgique). Ses recherches, qui s’inscrivent dans le courant de l’économie écologique, portent actuellement sur l’économie de la fonctionnalité en Région de Bruxelles-Capitale.

    Contact : philippe.roman@ichec.be

    Coralie Muylaert (chercheuse doctorante) est collaboratrice de recherche au sein de l’ICHEC Brussels Management School(Bruxelles, Belgique) et doctorante en sciences économiques et de gestion à l’Université de Liège. Sa thèse porte sur les verrouillages aux changements de pratiques de consommation dans le secteur de l’habillement.

    Contact : coralie.muylaert@ichec.be

    Roxane De Hoe (chercheuse postdoctorante) est titulaire d’un master en sciences psychologiques et d’une thèse de doctorat en sciences de gestion, portant sur l’intention de recréer des entrepreneurs ayant connus l’échec et les ressources qui leur permettent de se relancer. Elle a rejoint l’équipe du projet Brufonctionnel au sein de l’ICHEC Brussels Management School en septembre 2020.

    Contact : roxane.dehoe@ichec.be

     

    François Lhoest (chercheur) a été collaborateur pour le projet Brufonctionnel entre avril 2020 et juin 2021. Politologue de formation (académique) mais aussi agriculteur professionnel (maraichage biologique), ses thèmes de recherche ont porté sur les transitions en milieu urbain, en particulier dans le secteur de l’alimentation et des innovations sociales. Il est aujourd’hui chef de projets au centre d’études et recherche urbaine (ERU) et collaborateur scientifique à l’IGEAT (ULB).

    Fanny Dethier (chercheuse postdoctorante) est docteure en économie et titulaire d'une maîtrise en relations internationales de l'Université d'État de Saint-Pétersbourg et d'une maîtrise en économie de l'Université de Liège. Son travail se concentre sur la gouvernance des associations, les mécanismes philanthropiques et le marketing lié à la cause associative. Elle a rejoint le projet Brufonctionnel en 2021.

    Contact : fanny.dethier@ichec.be

    Antoine Habay, étudiant-stagiaire en master de sociologie, et titulaire d’un master en sciences-économiques (UCLouvain). Son stage consiste à approfondir la compréhension des verrouillages dans le secteur de la mobilité. Ses objets d’étude sont la MaaS (Mobility as a Service) et les pratiques de déplacement. Dans son second master, il étudie le consumérisme d’un point de vue microsociologique. Les enjeux de soutenabilité écologique du modèle de développement de la civilisation moderne font aussi partie de ses centres d’intérêt.