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À la rencontre de l’entrepreneuriat béninois !

À la rencontre de l’entrepreneuriat béninois !
L’ICHEC à la rencontre de l’entrepreneuriat béninois !

Laurent Lahaye est professeur et chercheur au sein du département Entrepreneuriat et Société, plus particulièrement dans l’option Nord-Sud. Il est également impliqué dans le ICHEC Housing Project .  Killian Lafont travaille également au sein du département Entrepreneuriat et Société mais pour l’option Entrepreneuriat et PME. Forts de leurs atouts respectifs, ils ont récemment participé à une mission au Bénin axée sur l’entrepreneuriat durable. Ils nous en font le récit. 

 

Quel était l’objectif de votre voyage ?

Laurent Lahaye : j’ai précédé Killian et profité de l’occasion pour participer à un colloque organisé par l’université d’Abomey-Calavi et la Haute Ecole Condorcet sur les thématiques « tourisme, environnement, société et développement durable ». J’y ai présenté les résultats de mes recherches sur les motivations des entrepreneurs durables du secteur de l’écotourisme au Bénin. J’ai également discuté de potentiels partenariats futurs avec l’université et notre partenaire sur place, Joseph Dossou.

Killian Lafont : j’ai ensuite rejoint Laurent avec l’équipe de l’ONG belge OVO (Ondernemers Voor Ondernemers) pour un projet d’accompagnement et de formation d’entrepreneurs béninois. Ce projet consistait d’abord en un « Inspiration Tour » à travers les provinces du sud-Benin suivi d’un « Boostcamp » qui consistait en une formation au Business Model Canvas adapté par des chercheurs de l’ICHEC.

 

Comment se sont déroulées ces deux phases ?

LL : Durant le bien nommé « Inspiration Tour », nous avons visité de nombreuses entreprises et organisations durables sélectionnées par nos partenaires. Les projets que nous avons découvert sur le terrain avaient trait à des objectifs aussi variés que l’assainissement, l’économie circulaire à travers la revalorisation des déchets issus de la production d’ananas, la création de prothèses pour personnes handicapées via des imprimantes 3D… Tous les projets étaient particulièrement innovants et inspirants.

KL : nous avons ensuite enchainé avec le « Boostcamp », préalablement testé au Sénégal avec OVO en septembre 2021. Ce Boostcamp prend la forme d’une formation de trois jours à notre Business Model Canvas, baptisé « SIC » (Societal Impact Canvas) pour adjoindre à cet outil une dimension sociétale nécessaire.

LL : nous intégrons au Business Model Canvas d’autres aspects liés aux enjeux sociaux et environnementaux. Ces dimensions sont d’autant fondamentales que le pays est très durement impacté par la crise climatique. L’augmentation des températures, la baisse des précipitations et l’érosion des côtes en sont les signes les plus manifestes. Le Bénin a également été très touché, surtout économiquement, par la crise du Covid. Les entrepreneurs n’y ont obtenu aucun soutien et ont dû faire face à énormément de difficultés. Cette formation arrivait à un moment opportun pour tenter d’adresser ces différents enjeux, économiques, sociaux et environnementaux.

Concrètement, comment fonctionne ce Canvas ?

KL : Le canvas a été développé à l’ICHEC auprès d’entreprises en phase de création. Il permet de vérifier la désirabilité, la faisabilité, la viabilité et l’impact sociétal positif d’un projet.

Les porteurs de projets que nous avons rencontré à Cotonou ont davantage d’expérience que les entrepreneurs initiaux avec lesquels nous avons travaillé en Belgique. Cet outil que nous testons avec eux a pour but principal de les aider à évoluer et surtout à gagner du temps dans leur processus de croissance.

Concrètement, les entrepreneurs remplissent différentes cases afin de définir leur projet, telles que sa proposition de valeur, les solutions existantes, les canaux utilisés pour démarcher des clients et des fournisseurs, le modèle de gouvernance… Ils sont soutenus et coachés par des entrepreneurs belges sélectionnés par OVO.

Cette photographie des projets à l’instant T nous permet de cerner l’état d’avancement du projet dans son environnement et de réfléchir à des solutions lorsque des cases posent problème. En fin de formation, les entrepreneurs présentent un pitch à un jury professionnel, sur base duquel OVO décide ou non de leur apporter son soutien. Ce soutien, à la fois financier et managérial (coaching), court sur plusieurs années.

Les données que nous collectons nous permettent de produire une documentation scientifique sur le fonctionnement du canvas. Il nous est par exemple apparu que le contenu des cases varie très fortement entre les entrepreneurs africains et européens. Se rendre sur le terrain est fondamental pour cerner ces différences d’usage.

Quels sont les apports de cette initiative pour vos recherches et pour l’ICHEC ?

LL: D’abord, cela permet de renforcer certains de nos cours. Nous pouvons y apporter davantage d’expériences du terrain et d’exemples concrets. Ensuite, nous avons l’occasion de tester certains de nos outils dans d’autres contextes. Enfin, ces échanges sont mutuellement bénéfiques qu’il s’agisse de la pédagogie ou de la recherche : les partenaires apprennent énormément au contact l’un de l’autre.

Quelles sont les perspectives futures du projet ?

LL : nous travaillons sur une série d’initiatives, notamment des partenariats de recherche, la création d’un centre de compétences en entrepreneuriat durable, de potentiels échanges d’étudiants, entre autres dans le cadre du Housing Project… Il est important de noter qu’au niveau de la recherche, le continent africain est encore peu exploré et donc assez demandé dans de bonnes revues scientifiques.

KL : À titre d’exemple, dans le cadre de cette collaboration, nous avons pu envoyer deux étudiants à Saint-Louis et à Dakar au Sénégal, où ils effectuent actuellement leur stage. Ce projet avec OVO entamé en 2021 porte déjà ses fruits et nous espérons pouvoir continuer sur cette lancée pour les années à venir. Nous espérons également postuler, à moyen terme, pour un PRD (projet recherche développement) avec l’Université d’Abomey Calavi.